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Toc toc ! A qui appartient la nature ?...

Rencontre avec la juriste Sarah Venuxem

En mai, « La Manufacture d’idées » invite chercheurs, historiens, philosophes, écrivains et artistes à venir débattre et exposer leurs travaux sur un thème choisi au plus près des habitants éloignés des grandes villes. Un partenariat a eu lieu avec le lycée le vendredi 3 mai, jour du lancement de la 8 ème édition du festival.

Emmanuel Favre, président de l'Association, est venu avec Sarah Venuxem. Juriste et philosophe, elle est enseignante-chercheuse à l'Université de Nice et à l'INRA. Une grosse tête ? Son travail porte sur les transformations que le droit émergent de l'environnement fait subir à notre tradition juridique. Elle a enquêté aussi sur les droits des semences, notamment paysannes. Elle est intervenue, toute modeste, face aux classes de Term STAV, 1ere et Term S en salle Jules Chauvet, en trois temps : la place du végétal, la question des semences paysannes ou des OGM dans le Droit. Une intervention précise, nuancée, exigeante. L'intelligence se consomme sans modération et ça fait du bien : passionnant !

Une intervention subtile toute en modestie

D’une matière qui pourrait être ultra-technique, Sarah Vanuxem réussit à faire un récit captivant. En proposant, depuis les fondements juridiques existants, une lecture de la propriété comme faculté d’habiter, elle régénère la réflexion sur les droits des non-humains. Ainsi le végétal, pareil pour l'animal d'ailleurs, a un statut de « chose », comme tout ce qui n'est pas humain. On dénie de ce fait à la nature toute faculté de vie, toute capacité d'agir et par là on autorise les êtres humains à s'en servir et à la détruire. Ce droit nous autorise à tout de manière libre. C'est ce que Descartes traduit au XVII ème siècle par l'idée que les hommes se rendent « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Mais face à cette manière de penser la nature et de la soumettre, il y a matière à espérer ! Nous sommes du XXI ème siècle que diable ! Le Droit évolue dans le bon sens. Depuis les années 70, nous assistons à une évolution de la loi pour protéger la nature. Plusieurs moyens. Retenons par exemple la « personnification de la nature ». Faire passer la nature d'objet à sujet change son statut juridique et la protège davantage.

Prière de s'essuyer les pieds quand on rentre chez Notre mère la Terre

Respectant des croyances ancestrales qui perçoivent la terre comme Terre Mère, véritable entité vivante, on peut citer plusieurs exemples où la nature a changé de statut juridique dans le monde, la terre se dotant alors d'un statut de personne. Il y a « Pachamama » dans la cosmogonie des Andes, le fleuve « Whanganui » en Nouvelle-Zélande pour les Maoris, les arbres grâce aux kanaks en Nouvelle Calédonie... Les droits et les intérêts de la nature, du cours d'eau, des arbres pourront être défendus devant la justice comme une vraie personne. Et cela change tout ! Ainsi, le propriétaire d’une terre est-il bien maître des lieux, mais sans oublier cette nuance : le voici un invité aussi au milieu de la nature. Il se doit alors de s'essuyer les pieds avant d'entrer et de respecter ce bien comme n'étant pas vraiment à lui dans son essence. Simple passager, il laissera le lieu lustré pour la génération future.

Merci à la Manufacture d'idées pour ce moment d'intelligence. RDV à Hurigny du 29 mai au 2 juin pour illustrer cette phrase de Miguel Torga : « L’universel, c’est le local moins les murs ». Une phrase à appliquer.

Muriel Bonnard